Hélène Lamothe

 
Massage - Pour un toucher réconfortant...

Sarah-Maude Lefebvre
Journal de Montréal


De plus en plus d’élèves sont invités à se masser entre eux à l’école afin de développer un « toucher sain nourrissant ».

«Moi, ça me tente tout le temps de me faire masser, parce que ça me donne des petits frissons. Et après, tout le monde est ­calme», lance Jules Meunier.

Le garçon de sept ans est l’un des 7000 enfants à avoir suivi la formation de massage entre élèves prodiguée par l’aile québécoise de MISA (Massage in Schools Association).

L’organisme, créé en 2008, affirme sur son site internet que le massage permet aux enfants de vivre «l’expérience positive du toucher sain nourrissant».

«La massothérapie est un outil vraiment utile à plusieurs égards. Il y a une magie qui s’opère quand deux enfants sont en contacts. Ça permet de découvrir la ­différence chez l’autre», affirme Pierre Blais, massothérapeute et formateur de MISA Québec.

Le plaisir du toucher

Le Journal a assisté à une séance de massage à l’École primaire Albert-Schweitzer de Saint-Bruno-de-Montarville.

Pendant une vingtaine de minutes, les enfants d’une classe de première année se sont massés à tour de rôle, sous l’œil de leur ­enseignante Suzanne Coulombe.

«Je trouve ça intéressant que les enfants aient une occasion de se toucher, dit-elle. C’est un sens qu’on explore peu à l’école. Or, les enfants aiment ça. Ça les calme quand ils sont stressés.»

«Certains élèves sont plus réticents à toucher ou à se laisser toucher, mais ils ­peuvent choisir la personne avec laquelle ils vont le faire.»

Les élèves de Suzanne Coulombe ont ­même massé des élèves de quatrième année afin de les ­remercier de leur aide après une activité commune de lecture.

«Les enfants nous demandent sans cesse de l’affection. Si, entre eux, ils peuvent combler ce besoin en se faisant des câlins, pourquoi pas?» lance l’enseignante.

MISA Québec présente aussi le massage entre élèves comme une solution à ­l’intimidation.

«L’enfant qui intimide cherche de ­l’atten­tion. Le massage lui permet d’en ­recevoir et de découvrir l’autre. De plus, après un massage, on a moins envie de se bagarrer dans la cour d’école», explique Pierre Blais.

«Ça semble simpliste ou trop beau pour être vrai, mais c’est la vérité. Le massage entre élèves est quelque chose qui change profondément la nature de l’enfant. Et pour le mieux.»

Le massage entre élèves
Les règles de fonctionnement de MISA Québec
L’enseignant doit suivre une formation donnée par MISA Québec ou ­recevoir un instructeur qualifié en classe pour enseigner les 15 mouvements de la routine aux enfants.
Le programme de massage s’adresse aux enfants âgés de 4 à 12 ans.
Les parents doivent donner leur ­autorisation écrite pour que leur enfant puisse participer à l’activité.
L’activité se déroule sur une chaise ou assis sur le sol.
Les enfants se massent entre eux. Les adultes, les enseignants ou les instructeurs ne peuvent pas masser les enfants.
Le massage est donné par-dessus les ­vêtements au dos, à la tête et aux bras.
L’enfant doit toujours demander la ­permission de l’autre enfant avant de le masser et doit clore la routine de massage en remerciant l’autre de lui avoir permis de le masser.
L’enfant n’est jamais obligé de ­participer à l’activité.
Source: Misa Québec

Une approche controversée

Malgré tous ses bienfaits supposés, ­certains parents et experts en éducation voient d’un mauvais œil l’arrivée des ­massages en milieu scolaire.

«Ça n’a tout simplement pas sa place à l’école. Ça ne se fait pas», rage Isabelle ­Boucher.

Cette mère de famille ne décolère pas ­depuis que l’école de ses enfants a ­introduit le massage entre élèves en classe.

Depuis l’automne dernier, les élèves de la maternelle à la troisième année de l’École Saint-­Blaise de Saint-Blaise-sur-Richelieu ­pratiquent la massothérapie en classe.

«Voyons donc! On ne voit pas ça dans les milieux de travail, des collègues qui se ­massent entre eux. Pourquoi l’enseigner à l’école? Le massage peut bien se pratiquer en milieu familial, mais pas à l’école avec des mineurs, affir­me-t-elle.

«Même si c’est sur une base volontaire, l’enfant qui n’a pas envie de se faire ­toucher n’ose peut-être pas le dire. Les massages peuvent désinhiber les enfants mal intentionnés. Ce n’est pas ­convenable.»

Une pratique bien encadrée

Mme Boucher a retiré ses deux enfants de l’activité. Néanmoins, elle déplore qu’ils soient mis à l’écart pendant les séances de massage.

Du côté de la Commission scolaire des Hautes-Rivières, on affirme que l’activité fait «l’unanimité» tant auprès des ­enseignants que des parents, d’autant plus que la participation se fait sur une base ­volontaire.

Gérald Boutin, professeur au ­département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, s’interroge lui aussi sur la pertinence du massage entre élèves en classe.

«Il faut penser à l’impact que ça peut avoir sur l’élève. C’est normal que des ­parents se posent des questions. Dans la vie, ça ne se passe pas comme ça. Il y a beaucoup de bémols. Une étude doit être faite sur les impacts à long terme sur ­l’enfant avant d’aller plus loin», croit-il.

Mais, pour Pierre Blais, de MISA ­Québec, le massage entre élèves est loin d’être du simple «tripotage d’enfants».

«On n’a rien à cacher. Les parents sont invités à venir voir l’activité s’ils en ont ­envie. Les enfants ont le choix de participer ou non et le massage n’a que des bienfaits pour eux.»



L’avis d’une psy

Garine Papazian-Zohrabian, professeur adjointe au département de psychopédagogie de l’Université de Montréal, nous livre ses impressions sur le massage à l’école.

Question : Quels sont les avantages du massage entre élèves à l’école ?

Réponse : Les massages sont très bénéfiques. Il existe énormément de thérapies impliquant le corps qui font du bien. Plusieurs études ont aussi prouvé les bienfaits de la massothérapie, même sur les bébés. Il est vrai que le massage à l’école peut développer l’empathie et la connaissance de l’autre chez l’élève, mais il y a toutefois des limites à cette pratique.

Question : La massothérapie a-t-elle sa place à l’école ?

Réponse : Je n’en suis pas certaine. L’élève qui ne veut pas participer à l’activité peut se sentir exclu et être victime de moqueries. L’agressivité peut ressortir aussi, indirectement, pendant un massage. Une étude ­effectuée au Royaume-Uni a révélé que des élèves se faisaient pincer ou presser trop fortement pendant le massage. Aussi, le fait que l’activité soit offerte à des enfants de 12 ans me déran­ge. À cet âge, certaines filles ont déjà leurs règles et commencent leur puberté. Dans ces conditions, est-ce que le massage peut s’accompagner d’une certaine stimulation sexuelle? Il faut faire attention.

Question : Est-ce que le massage peut être un ­outil de lutte contre l’intimidation, comme le soutient MISA Québec ?

Réponse : Là encore, je ne suis pas certaine. Le massage peut relaxer l’enfant, mais il ne va pas régler ses problèmes. Ce n’est pas un outil miracle. Il y a la crainte aussi d’être massé par un autre élève qui est un ­intimidateur. Certes, le massage développe ­l’empathie, mais il existe aussi d’autres ­outils pour le faire, qui sont moins ­controversés .

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